Etude sur les ingénieurs Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Eric Boniface   
07-07-2006
Dépêche AEF (Agence Education-Emploi Formation) du 27 juin :  91% des ingénieurs sont issus de la formation initiale, 53% sont passés par les classes préparatoires, indique le Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France
"La voie la plus habituelle pour accéder au diplôme d'ingénieur est la formation initiale (91% des ingénieurs), dont 88% sous statut d'étudiant (53% sont passés par les classes préparatoires aux grandes écoles). L'apprentissage (3% du total), qui existe depuis 1989-1990, reste marginal, mais concourt à la diversité des profils et rend les formations d'ingénieurs plus accessibles aux titulaires d'un DUT ou d'un BTS. Enfin, la filière de la formation continue (9% du total) s'adresse à des techniciens ayant déjà une expérience professionnelle", indique le CNISF (Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France) dans une étude, qui vient d'être rendue publique. Intitulée "L'ingénieur dans la société et sa rémunération", cette étude a été menée en mars 2006 et porte sur la situation, au 31 décembre 2005, de 33 000 ingénieurs diplômés dans les écoles françaises. Cette enquête doit être désormais annuelle. Le CNISF estime à "585 200 le nombre des ingénieurs diplômés de moins de 60 ans à fin 2005". "Pour 43% des diplômés des écoles d'ingénieurs interrogés, la formation apparaît comme l'élément fondamental de leur identité. Le métier vient juste derrière (40%), alors que le diplôme en tant que tel est choisi par 17% d'entre eux." Selon les ingénieurs, les enseignants sont le public qui valorise le mieux leur métier, suivis de très près par le "grand public". "Ils ont le sentiment d'être un peu moins bien perçus par les jeunes et très mal valorisés par les pouvoirs publics."

LES ENFANTS DE CADRES SURREPRÉSENTÉS

Toutes filières de formation et tous âges confondus, la proportion d'enfants de cadres et professions libérales (56%) est identique à celle constatée pour les étudiants sortis des formations universitaires à bac+5. "La surreprésentation de ces deux catégories par rapport à leur poids dans la population française est notable." La proportion d'ingénieurs dont le père était déjà ingénieur diplômé est de 15%. Pour les mères, la part de celles qui n'avaient pas d'activité professionnelle (45%) est largement supérieure à celle de la moyenne de la population française. 98,7% des ingénieurs représentés par l'enquête ont la nationalité française. La diversité de la population française apparaît pourtant, puisque 14% d'entre eux ont au moins un parent d'origine étrangère.

"Avec un taux de 82,3% d'emplois à durée indéterminée parmi les ingénieurs en activité (CDI ou fonctionnaires), plus de huit ingénieurs sur dix bénéficient d'emplois stables." La flexibilité pour les ingénieurs s'organise surtout par le travail dans les sociétés de services, informatiques ou autres. Le taux de chômage des ingénieurs diplômés (4,5%) est moitié moins élevé que celui de l'ensemble de la population (9,6%). Il est sensiblement plus élevé pour les jeunes et les plus de 45 ans (6% environ). Il a baissé d'un point par rapport à 2004. Pour les jeunes diplômés des promotions 2004 et 2005, le taux de chômage au 31 décembre 2005 (chômage d'insertion et chômage lié à la perte d'un emploi) était de 8,3%, contre 6% pour les autres moins de 30 ans.

Les 140 000 ingénieurs (hors débutants) passés par un recrutement externe pour changer d'emploi au cours des cinq dernières années font d'abord appel à leurs réseaux professionnels (41% du total). Les offres d'emploi sont la deuxième source d'information (32%), avec une percée remarquable des sites internet spécialisés (13%) et d'entreprise (4%). 14% sont passés par une candidature spontanée.

Alors que 50% des ingénieurs qui ont cherché leur premier emploi en 2001 l'ont trouvé avant la sortie de l'école, ils n'étaient que 30% à partir de 2002, la situation s'étant détériorée. 2004 marque le début de la reprise, qui se confirme en 2005, année où 37% des premiers emplois ont été trouvés avant la sortie de l'école, et 89% en six mois ou moins. Ils étaient encore 7% de jeunes diplômés en 2005 à être toujours en recherche d'emploi au moment de l'enquête.

UN SALAIRE MOYEN DE 61 191 EUROS

L'ensemble des activités de conception (recherche fondamentale, recherche et développement, conception, études techniques, ingénierie, essais et autres, développement et intégration informatique, études, conseil en systèmes d'information) occupent 40% des ingénieurs, et constitue le pôle d'emploi majoritaire des jeunes diplômés (53%). 77% des ingénieurs sont employés par une entreprise du secteur privé. L'industrie, où près d'un ingénieur sur deux travaillait (49,2%) en 2005, ressort comme le premier secteur d'emploi, reprenant le pas sur le tertiaire (44,3%). Le BTP (4,5%) et l'agriculture (2%) procurent le reste des emplois. La moitié des ingénieurs est employée dans les très grandes entreprises de plus de 2 000 salariés.

En 2005, le salaire médian était de 52 191 euros, le salaire moyen de 61 191 euros, indique encore le CNISF, qui se base sur un "salaire brut annuel, primes et indemnités diverses incluses". On note une certaine stabilité entre 2004 et 2005, sauf pour les salaires les plus élevés, qui ont progressé de 2%.

Les facteurs qui "jouent le plus sur le salaire sont l'expérience professionnelle, la position hiérarchique et l'école d'origine". Par ailleurs, les plus fortes progressions des parts variables sont l'intéressement (de 36% en 2002 à 52% en 2005), la prévoyance santé (de 21% en 2002 à 36% en 2005), et le téléphone portable (de 26% en 2002 à 48% en 2005).

De plus, le CET (compte épargne temps) fait son apparition comme complément au salaire: 23% en 2005. Globalement, le salaire d'un ingénieur de plus de 25 ans d'expérience atteint plus du double (119%) de celui d'un débutant. Tandis que les salaires de fin de carrière dans l'enseignement correspondent à un salaire médian de quadragénaire dans les autres activités.

FEMMES: MINORITAIRES ET MOINS BIEN PAYÉES

16% des ingénieurs sont des femmes, ce taux atteint 20% chez les ingénieurs de moins de 30 ans. La féminisation des écoles d'ingénieurs a connu une période de progression sensible entre 1965 (où on comptait 5% de filles) et 1995 (20%). Depuis cette date, la proportion des femmes diplômées ne dépasse pas 25%. Les flux ayant doublé en dix ans, le nombre de filles diplômées a lui aussi été multiplié par deux, atteignant ainsi 6 300 en 2003. La féminisation des spécialités est marquée par de fortes disparités: avec quatre femmes sur dix ingénieurs, l'agronomie est la spécialité employant le plus de filles, suivie de la chimie (31%). Ces deux spécialités représentent 40% des femmes ingénieurs.

À âge égal, les salaires des femmes sont systématiquement inférieurs à ceux des hommes. L'écart, qui est déjà de 4,8% en faveur des hommes chez les débutants, s'accroît pour atteindre 18,1% entre 45 et 49 ans, quand le fait que les femmes occupent moins souvent des postes de managers que les hommes, joue son plein effet. Cet effet doit être corrigé si l'on compare les salaires hommes/femmes managers, l'écart n'est plus que de 10% dans la tranche d'âge 45-49 ans. Et toutes choses égales par ailleurs, on peut estimer que le salaire des femmes est globalement inférieur de 6%.

SATISFACTION PROFESSIONNELLE

Comme dans l'enquête précédente (L'AEF du 07/10/2005), ce sont les ingénieurs exerçant des fonctions de direction générale qui expriment le plus haut niveau de satisfaction. Pour toutes les autres fonctions, le résultat est égal ou légèrement inférieur au niveau de la moyenne. Les moins satisfaits sont les ingénieurs travaillant dans les "études et le commercial/marketing". En revanche, les débutants affichent une satisfaction professionnelle (52%) supérieure à celle des autres classes d'âge. Les sources de satisfaction citées par plus de deux tiers des ingénieurs sont "l'intérêt de leur travail (90%), l'autonomie (85%) et la diversité des tâches (84%)". Parmi les motifs d'insatisfaction, de nombreux facteurs sont liés à l'organisation et à la direction de l'entreprise: qualité de communication de l'entreprise (46% des interrogés), stress (45%), organisation générale de l'entreprise (42%).

En 2005, 26% des ingénieurs ont entrepris une mobilité géographique; 24% ont intégré de nouvelles fonctions; 16% ont changé de niveau hiérarchique. Par ailleurs, au 21 décembre 2005, 13,2% des ingénieurs travaillaient hors de France, soit 74 000 personnes (une part identique à celle mesurée fin 2004). Les quatre principales zones d'emploi à l'étranger sont les États-Unis (14%), la Suisse (14%), l'Allemagne (12%) et la Grande-Bretagne (10%). Ces 4 pays regroupent 48% des emplois d'ingénieurs à l'étranger. Parmi tous les ingénieurs qui travaillent à l'étranger, 30% sont partis à la demande de leur employeur, 26% ont quitté leur emploi pour aller travailler à l'étranger, 24% occupent leur premier emploi, 1% étaient sans emploi quand ils sont partis.

En France, 67% des ingénieurs sont concentrés dans cinq régions: l'Île-de-France (45%), Rhône-Alpes (11%), Midi-Pyrénées (6%), Provence-Alpes-Côte-d'Azur (5,1%) et Pays-de-la-Loire (4,0%).
 
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